La bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux éteinte, dosé à 20 % de cuivre métal dans la quasi-totalité des produits vendus en jardinerie. Adapter la dose à chaque maladie et à chaque culture ne se résume pas à lire un tableau : depuis le règlement européen 2025/1489, le plafond annuel autorisé est passé de 6 kg à 4 kg de cuivre métal par hectare et par an.
Cette limite oblige à raisonner chaque gramme versé dans le pulvérisateur.
Plafond annuel de cuivre : la contrainte qui change le tableau de dosage
La plupart des tableaux de dosage en ligne indiquent une quantité de poudre par litre d’eau. Cette information est utile, mais incomplète. Le vrai facteur limitant est désormais la quantité totale de cuivre pur appliquée sur une surface donnée au cours de la saison.
Pour un jardin de particulier, la limite réglementaire se traduit par environ 4 g de cuivre pur par an pour 10 m². Un produit dosé à 20 % de cuivre métal contient 200 mg de cuivre par gramme de poudre. Trois passages à 12,5 g/L sur une planche de tomates de 10 m² (un litre par passage) représentent déjà 7,5 g de cuivre pur, soit presque le double du plafond.
Avant de consulter un tableau, il faut donc estimer la surface à traiter, le nombre de passages prévisibles sur la saison et le cumul de cuivre qui en résulte. Le dosage par litre n’est qu’une partie du calcul.

Tableau dosage bouillie bordelaise par culture et par maladie
Les doses ci-dessous correspondent à un produit commercial titrant 20 % de cuivre métal. Si votre produit affiche une concentration différente, c’est toujours l’étiquette du fabricant qui prime.
| Culture | Maladie ciblée | Dose indicative (g/L) | Remarque |
|---|---|---|---|
| Tomate | Mildiou | 10 – 12,5 | Traitement préventif, avant apparition des symptômes |
| Pomme de terre | Mildiou | 10 – 12,5 | Renouveler après une pluie lessivante |
| Vigne | Mildiou | 10 – 12,5 | Réduire la dose et rapprocher les passages en période à risque |
| Pommier, poirier | Tavelure | 12,5 – 15 | Appliquer dès le gonflement des bourgeons |
| Pêcher, nectarinier | Cloque | 15 – 20 | Traitement hivernal, avant le débourrement |
| Rosier | Marsonia (taches noires) | 10 | Pulvériser sur les deux faces des feuilles |
| Fraisier | Taches pourpres | 10 | Éviter le traitement en pleine floraison |
| Arbres fruitiers (repos) | Chancre, moniliose | 15 – 20 | Traitement d’hiver sur bois nu |
Un litre de bouillie couvre environ 10 m² de potager. Pour un arbre fruitier adulte, prévoir plusieurs litres selon le volume de la ramure.
Adapter la dose au stade végétatif, pas seulement à la maladie
Le même pommier ne tolère pas la même quantité de cuivre en mars et en juin. Sur bois nu, en traitement d’hiver, des doses de 15 à 20 g/L sont courantes contre le chancre ou la moniliose. Dès l’apparition des jeunes feuilles, cette concentration provoquerait des brûlures.
La règle opérationnelle est simple : plus le feuillage est tendre, plus la dose doit baisser. En période de croissance active, descendre vers 10 g/L et compenser par des passages plus rapprochés protège mieux la plante qu’un seul traitement concentré.
Pour la tavelure du pommier, les fiches techniques professionnelles mentionnent une fourchette de 100 à 500 g par hectolitre selon le stade phénologique. En agriculture biologique, la recommandation est d’appliquer plus régulièrement mais à dose réduite, notamment pendant la période à risque de rugosité sur fruits.
Mildiou de la tomate : un cas typique de surdosage
Le mildiou de la tomate pousse beaucoup de jardiniers à forcer la dose après les premières taches. La bouillie bordelaise est un fongicide de contact, strictement préventif. Elle ne pénètre pas dans les tissus et n’élimine pas une infection déjà installée. Augmenter la dose sur un plant déjà touché ne sert à rien, si ce n’est à charger le sol en cuivre.
Le bon réflexe consiste à retirer les feuilles atteintes, puis à traiter les plants encore sains à dose normale (10 – 12,5 g/L). Si la pluie survient dans les heures qui suivent, renouveler le passage après ressuyage du feuillage.

Calculer le cumul de cuivre sur la saison pour rester sous le plafond
Un tableau de dosage perd son utilité si le jardinier ne tient pas un carnet de traitement. La méthode est la suivante :
- Relever la surface traitée en m² pour chaque culture (une planche de tomates, un rang de vigne, un arbre).
- Multiplier le volume de bouillie pulvérisé (en litres) par la dose de poudre utilisée (en grammes par litre), puis par 0,2 pour obtenir les grammes de cuivre pur effectivement appliqués.
- Additionner les grammes de cuivre pur sur tous les passages de la saison et comparer au plafond de 4 g pour 10 m².
Ce calcul révèle souvent que trois ou quatre passages à dose classique suffisent à atteindre la limite réglementaire sur une petite surface. Espacer les traitements et cibler les périodes à risque devient alors la seule marge de manœuvre.
Restrictions récentes sur les produits cuivrés pour les particuliers
Depuis le 15 janvier 2026, l’ANSES a restreint l’usage de plusieurs formulations à base de cuivre pour les jardiniers amateurs. Certains produits classiques de bouillie bordelaise ont disparu des rayons grand public.
Le règlement européen 2025/1489 a prolongé l’approbation du cuivre jusqu’au 31 décembre 2029, mais en abaissant le plafond annuel. Cette tendance réglementaire confirme que les doses généreuses pratiquées depuis des décennies ne sont plus compatibles avec le cadre légal actuel.
Vérifier la mention « emploi autorisé dans les jardins » sur l’étiquette du produit est désormais une étape préalable à tout calcul de dosage. Un produit réservé aux professionnels ne peut pas être utilisé par un particulier, même à dose réduite.
Le tableau de dosage reste un outil de départ, mais le vrai pilotage se fait par le cumul annuel de cuivre rapporté à la surface. En notant chaque traitement, en ajustant la dose au stade de la plante et en respectant le plafond réglementaire, la bouillie bordelaise conserve son rôle de fongicide de référence au jardin sans dégrader le sol pour les saisons suivantes.

